Syncthing a une habitude agaçante : deux appareils ne se synchronisent que lorsqu'ils sont tous les deux en ligne. Le portable dort, le téléphone est dans la poche sur les données mobiles, l'ordinateur de la maison est éteint — et les fichiers attendent le moment où deux d'entre eux se trouvent éveillés en même temps. Un pair en ligne jour et nuit règle le problème. Tout se synchronise via le serveur, dès que chaque appareil se présente.
L'objection habituelle : « Mais alors mes fichiers dorment sur un VPS. » Syncthing a aussi une réponse : partagez un dossier avec le serveur en tant qu'appareil non fiable, et il ne stockera que des données chiffrées qu'il ne peut pas lire.
Quelle offre
Syncthing lui-même est minuscule — environ 25 à 30 Mo de RAM dans notre test. Ce que vous achetez vraiment, c'est du disque, car le serveur garde une copie complète de chaque dossier partagé avec lui.
| Ce que vous synchronisez | Offre |
|---|---|
| Documents, notes, configs, un fichier de base de mots de passe | Nano-IP — 2 vCPU, 1 Go, 15 Go (8 $/mois) |
| Des années de documents et quelques photos | Micro-IP — 2 vCPU, 2 Go, 25 Go (10 $/mois) |
| Dossiers de travail et archives plus volumineuses | Small-IP — 4 vCPU, 4 Go, 35 Go (16 $/mois) |
| Une photothèque | Pro-32 — 400 Go (40 $/mois), sur demande |
Prenez une offre avec sa propre IPv4. Vos appareils doivent joindre le serveur sur le port 22000 ; sur une offre NAT, seul SSH passe, et Syncthing se rabat sur des relais publics — plus lents, et via une infrastructure que vous ne contrôlez pas. Choisissez l'Allemagne ou la Finlande, selon ce qui est le plus proche de vous et disponible à la commande. Le serveur se paie en crypto, sans KYC.
Installation
En root sur Ubuntu 24.04 ou Debian 12, depuis le dépôt officiel de Syncthing (canal stable v2) :
mkdir -p /etc/apt/keyrings
curl -L -o /etc/apt/keyrings/syncthing-archive-keyring.gpg https://syncthing.net/release-key.gpg
echo "deb [signed-by=/etc/apt/keyrings/syncthing-archive-keyring.gpg] https://apt.syncthing.net/ syncthing stable-v2" > /etc/apt/sources.list.d/syncthing.list
apt update && apt install -y syncthing
Faites-le tourner sous son propre utilisateur avec systemd :
useradd -m -s /bin/bash syncthing
systemctl enable --now syncthing@syncthing
ufw allow 22/tcp && ufw allow 22000/tcp && ufw allow 22000/udp && ufw enable
N'appelez pas l'utilisateur sync. Ce nom appartient déjà à un compte système dont le répertoire personnel est /bin, et syncthing@sync échoue avec une erreur de système de fichiers en lecture seule — nous sommes tombés dans le piège nous-mêmes.
Récupérez l'identifiant d'appareil du serveur — vous le collerez sur vos autres appareils :
runuser -u syncthing -- syncthing device-id
L'interface web n'écoute que sur 127.0.0.1:8384, et c'est ce qu'il faut. Accédez-y par un tunnel SSH depuis votre ordinateur :
ssh -L 8384:127.0.0.1:8384 root@YOUR_SERVER_IP
Ouvrez http://127.0.0.1:8384 et, avant toute chose, définissez un mot de passe dans Settings → GUI.
Partager un dossier sans que le serveur puisse le lire
Sur votre portable (ou tout appareil de confiance) :
- Ajoutez le serveur comme appareil distant avec son identifiant.
- Ouvrez le dossier à synchroniser → Sharing, cochez le serveur et saisissez à côté un mot de passe de chiffrement. Rangez-le dans votre gestionnaire de mots de passe : sans lui, les données du serveur ne sont que du bruit.
- Dans l'interface web du serveur, acceptez le dossier et choisissez le type Receive Encrypted.
C'est tout. Regardez ce qui est réellement arrivé sur le serveur :
find /home/syncthing -path '*syncthing-enc*' -type f | head
Vous verrez des chemins comme …/I.syncthing-enc/C8/PICA7BFKFPSGQ06C4D4SQ50GB6E151QUNF1EOBK à la place de vos noms de fichiers. Dans notre test, nous avons cherché sur le serveur une phrase du fichier synchronisé — rien.
Vos autres appareils partagent le même dossier normalement entre eux, et avec le serveur en utilisant le même mot de passe de chiffrement. Tout appareil de confiance qui connaît le mot de passe peut se synchroniser depuis le serveur, y compris un nouveau portable après la mort de l'ancien.
La partie honnête
- Synchroniser n'est pas sauvegarder. Les suppressions et les écrasements accidentels se synchronisent aussi. Activez le versionnage sur un appareil de confiance, ou gardez une sauvegarde séparée ailleurs.
- Le chiffrement cache le contenu et les noms, pas tout. La taille des fichiers et le moment des modifications restent déductibles sur le serveur. Pour la plupart des gens, c'est un compromis acceptable ; si ce n'est pas votre cas, cette configuration n'est pas pour vous.
- Le mot de passe est la clé. Perdez-le et la copie chiffrée sur le serveur ne sert plus à rien. C'est le principe, et c'est aussi le risque.
- Téléphones. Il n'y a plus d'application mobile officielle : Android a une application maintenue par la communauté, iOS seulement des clients tiers. Vérifiez le vôtre avant de compter dessus.
Si vous voulez une vraie interface web avec agendas, contacts et liens de partage plutôt qu'une synchronisation discrète en arrière-plan, regardez du côté de Nextcloud. Si vous voulez seulement que vos fichiers soient partout et lisibles nulle part ailleurs que sur vos appareils, c'est l'outil le plus léger.
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